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Janvier 2017

Je te regarde traverser la rue. Où vas-tu?

Ce n’est pas ton heure de sortie. Tu as peut-être un rendez-vous dont tu ne m’as pas parlé, un client à dépanner.

Je te suis, à pas feutrés. Tu ne te doutes de rien. Pourquoi douterais-tu d’ailleurs?

Tu avances gaiement. Sans contrainte de temps. Tu regardes les vitrines, t’arrête près de celle qui vend les dessous chics que je m’offrais à vingt ans. Tes yeux trainent sur les corps ravissants des mannequins immobiles. Je devrais rebrousser chemin. Je vais découvrir des choses qui ne me regardent pas. Qui me regardent mais dont je ne veux rien savoir. Parfois c’est mieux.

Tu repars, le nez au vent. Tu t’engouffres sous une porte cochère. Je n’ai pas eu le temps de noter le code. Je connais l’endroit mais ne me souviens plus qui habite ici, qui nous connaissons toi et moi.

J’attends. Personne ne sort. Personne ne rentre. J’attends que tu regagnes mon univers. J’attends trop longtemps. Je ne te revois pas, la nuit est tombée et la fatigue l’a emporté. Je rentre chez nous. Tu n’y seras pas.

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