Coup de fil

Je l’attendais depuis longtemps. Je l’attendais sans savoir quand, à quel moment de la journée il m’arracherait à tout ce que je connaissais, à mes espoirs pour toi, aux vœux que j’avais prononcé, aux souhaits égrenés dans une église en Allemagne lors d’un pèlerinage d’école. Je savais qu’un jour ce coup de fil m’annoncerait ton départ.

Et puis ce coup de fil a eu lieu. J’ai su. La sonnerie n’était pas différente. Tu souffrais juste depuis trop longtemps. Sur le fil des souvenirs, les images se sont précipités, le film de nous deux en accéléré. Premier sourire. Premiers cris. Les mots qui frappent à l’intérieur qui ne peuvent sortir. Alors la tête qui se cogne dans tout, dans les murs surtout pour dire le silence. Puis tes rires aussi. Envahissants. Et tes larmes. Criantes d’une vérité que je n’avais pas le pouvoir de changer. Chez toi. Avant là-bas. Les murs gris, d’autres cris, des verrous comme dans les prisons. La vie avant la nuit.

Ta dernière nuit avant ton envol. Je suis restée avec mes larmes. Je m’en suis un peu voulue de ne pas avoir pu, su, profiter de toi, de t’avoir donné si peu, de t’avoir aimé de si loin. Puis j’ai su que là-haut tu étais bien, bien entouré, à l’aise. Tu flottes entre les nuages. Il n’y a plus de coups dans mes souvenirs, juste ton sourire et de la poésie dans les gouttes de pluie.

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