Mona

Avril 2017

Se lever. Te servir. Baisser les yeux. Fermer ma gueule. Obtempérer. Avec le sourire en prime. Et la nuit, l’entendre se lever quand tu rentres tard, l’entendre remuer les casseroles dans la cuisine, la surprendre les yeux mi-clos au-dessus du réchaud, lui dire de venir se coucher. Tu es un grand garçon, tu pourras te servir tout seul. Elle résiste. Je la laisse, silhouette courbée et fatiguée, attendant la porte qui claque, tes pas lourds dans l’escalier. Elle a dressé la table, a disposé une assiette, des couverts, a pris soin de poser ton verre à gauche avec une bouteille d’eau toute neuve. Tu vas la croiser, esquisser un sourire. Elle va se retirer discrètement. Sans faire de bruit, elle. Elle va tirer la porte et retrouver son lit. Je vais attendre un peu, le temps d’entendre sa respiration plonger dans le sommeil. Et quand elle aura rejoint les bras de Morphée, je vais te maudire une fois de plus d’exister.

Au réveil, à l’heure où la nuit quitte doucement la place, elle sortira au grand air, retrouvera ton assiette et tes couverts négligemment posés dans l’évier. Elle les passera à l’eau, au savon. Elle n’attendra pas que je sois réveillée, dans dix minutes tout au plus. Elle ne veut pas que je dise du mal de toi. Elle te protège à chaque fois, dis que tu as cru bien faire en ne faisant pas – faire couler l’eau au beau milieu de nuit, c’est manquer de réveiller les autres. C’est un manque de respect dans son langage à elle. Je ne comprends pas pourquoi elle fait ça. Déjà avec papa, j’avais du mal. Mais avec toi, je ne peux plus le supporter. Je ne peux plus te supporter. Tes manières me donnent envie de vomir, de cracher ma haine de toi, ma haine de ton orgueil, ma haine de ta violence sournoise. Tu es mon frère et je n’ai pour toi que du dégoût. Je sais que si je le lui dis, elle ne me comprendrait pas, elle m’en voudrait même d’être si virulente à ton égard.

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