Bombe à retardement

Juin 2017

Elle se tient là, dans un recoin, invisible à l’œil nu. Elle se tient là, à deux pieds de toi, fougueuse, douteuse, impétueuse.

Son tic-tac est lent. Il est presque inaudible. Le cœur de la machine s’emballe parfois. Le tempo se fait plus lourd. On pourrait croire que le compte à rebours est lancé. Puis à nouveau le silence. Intense. Pesant.

La machine a été conçue de toutes pièces par l’inconscient des hommes. Elle a été façonnée par leurs doutes, leurs souhaits, par l’envie de plus d’argent, par l’appât du pouvoir, par l’inconnu du lendemain qui empêche de reprendre son souffle, par cette envie omniprésence de tout changer sans jamais arriver à le faire.

Elle éclatera ou pas. Dans quelques heures, quelques jours ou quelques mois. Cela fait déjà plusieurs années qu’elle est à nos côtés, qu’elle attend le moment propice pour faire son travail, pour accomplir son œuvre.

Saccagera-t-elle tout sur son passage ? Ou bien laissera-t-elle derrière elle des vies gâchées, des corps amputés, des âmes vidées de leur substance, des cadavres de nous, de vous ?

Se déclenchera t’elle en pleine nuit, en mode silencieux, pour n’effrayer personne ? Sans bruit, seul le chaos qui suivra pourra nous renseigner sur l’impact de sa folie. Ou alors en plein jour, au milieu de notre quotidien bien tranquille, par esprit de vengeance ?

Ou peut-être qu’une personne bien intentionnée la désamorcera avant qu’il ne soit trop tard, avant que nos vies ne volent une nouvelle fois en éclats ? Il faudra qu’elle sache y faire, qu’elle mesure ses pas, qu’elle fasse preuve de tact et de délicatesse. Il faudra qu’elle s’approche d’elle sans faire de bruit, sans faire trembler le sol, sûre d’elle.

Une valise sur le pas de la porte. Un mot de trop. Un geste habituel. Une dispute qui tourne mal. Des fleurs piétinées. Un rien peut l’activer. Et c’est la fin.

Elle se tient là, dans un recoin, invisible à l’œil nu. Elle attend son heure. Et le monde continue à tourner comme si de rien n’était.

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